Voie romaine, chapelle romane, hôtel de ville aux allures de château, moulins, lavoir et fontaines : Jonquières-Saint-Vincent garde les traces de plus de deux mille ans d’histoire. Et des traditions toujours bien vivantes.
Entre la plaine des Costières et la vallée du Rhône, le territoire de la commune fut longtemps couvert de marais alimentés par de nombreuses sources. L’occupation humaine y est très ancienne : 32 sites archéologiques sont recensés sur la commune, de la dépression de Campuget au quartier de la Lône.
Trois noyaux d’habitat s’y sont développés : Jonquières, au cœur des marais couverts de joncs qui lui ont donné son nom ; Saint-Vincent, l’ancien Cannois, sur la route de Beaucaire à Nîmes, l’actuelle RD 999 ; et le hameau de pêcheurs de Saint-Laurent, sur les rives de l’étang de la Palud, disparu après l’assèchement de l’étang au XIXe siècle. Cannois est rattaché à la paroisse de Jonquières en 1789.
Restés distincts jusque dans les années 1960, Jonquières et Saint-Vincent se sont rejoints avec l’urbanisation de la seconde moitié du XXe siècle. La commune garde aujourd’hui deux cœurs : le village de Jonquières, autour de l’hôtel de ville, et le quartier de Saint-Vincent, autour de sa petite église.
Dernier vestige du hameau de pêcheurs de Saint-Laurent, dont elle fut l’église paroissiale jusqu’au XIVe siècle. Son arc triomphal repose sur deux bornes milliaires romaines réemployées. Inscrite aux monuments historiques depuis 1926, elle est restaurée par étapes depuis 2008.
Construite à partir de 118 av. J.-C. pour relier l’Italie à l’Espagne, la Via Domitia traverse la commune sur environ 5 km, des Mourres de Gayen à la Devèze. Trois bornes milliaires sont encore en place, dont la « peire di novi », la pierre des fiancés, érigée sous Tibère.
Reconstruite à partir de 1844 à l’emplacement d’une église du XIIIe siècle, l’église paroissiale en croix latine abrite deux peintures sur bois du XVIe siècle classées monuments historiques, ainsi que des toiles et des autels de marbre inscrits.
Bâtie au XIIe siècle au cœur du village de Cannois et reconstruite en 1863 avec un chevet tourné vers l’ouest, fait rare dans la région. Le pape Pie VII y fit halte le 6 février 1814 sur le chemin de Rome ; le fauteuil sur lequel il s’assit y est conservé.
Deux moulins à farine, édifiés sans doute en 1649 et en 1785, qui ont tourné jusqu’à la fin du XIXe siècle. Rachetés par la commune à la fin des années 1960 pour éviter leur démolition, ils ont depuis été restaurés tous les deux.
En 1866, Alphonse Daudet séjourne au mas de son cousin Louis, au pied du massif de l’Aiguille. Il y rassemble les souvenirs du Petit Chose ; la campagne jonquiéroise lui aurait aussi inspiré « Les Deux Auberges » et « Les Trois Messes basses ».
Reconstruit en 1896 et alimenté par le Grand Valat et la source de Font Redonne, il compte deux bassins : le « refrescador » pour rincer et le « lavador » pour laver. Lieu de rencontre des lavandières, il a été entièrement restauré en 2009.
Voulu par le maire Théophile Michel et dessiné par l’architecte nîmois Auguste Augière, l’édifice aux allures de château médiéval est inauguré le 30 août 1903 par Gaston Doumergue, alors député et ministre des Colonies.
Inspiré de l’Antiquité romaine et inauguré en 1922 dans l’enceinte du vieux cimetière, il porte les noms de 60 Jonquiérois morts pendant la Grande Guerre ; les familles y ont ajouté leurs photographies.
Construit en 1934 puis agrandi en 1939 pour le marché aux raisins de table — « Aux chasselas de Jonquières Saint Vincent » —, il a vu passer jusqu’à 200 tonnes de marchandises par jour. Réhabilité en 2011, il est coiffé d’une toiture photovoltaïque.
Dessiné par l’architecte Guillaume Gillet, Grand prix de Rome, pour la Compagnie nationale d’aménagement du Bas-Rhône et du Languedoc, ce réservoir en forme de coupe évasée a reçu le label « Patrimoine du XXe siècle ».
Après la Révolution, les missions religieuses se sont achevées par l’érection de croix, souvent aux croisées des chemins. Onze croix de mission ont été recensées sur la commune, de la chapelle Saint-Laurent à la rue de l’Église. Deux madones veillent aussi sur le village, dont celle de la route de Montfrin, élevée en 1871 en remerciement après des inondations.
Font Couverte, la fontaine mère qui alimentait lavoirs et fontaines des rues ; la fontaine de Saint-Vincent, alimentée par Font Redonne ; la Font de Tavie sous ses platanes centenaires, route de Comps ; Fontanille, en bordure de la voie Domitienne… Autant de témoins de la richesse en eau du territoire.
Comme beaucoup de communes gardoises, Jonquières-Saint-Vincent cultive les traditions taurines : courses camarguaises dans les arènes du centre ancien, abrivados, bandidos, encierros et ferrades, organisés par le club taurin L’Aficion, fondé en 1922. Le village fête aussi la vigne : saint Vincent est le patron des vignerons, et une cave coopérative est installée à Saint-Vincent depuis 1923.
Dates indicatives : consultez l’agenda pour le programme de l’année.
La commune s’étend sur 2 132 hectares, dont 84 % de terres agricoles : vignes sur les galets des Costières, vergers irrigués grâce au canal du Bas-Rhône, céréales et maraîchage. Au sud-est, les garrigues prolongent le massif de l’Aiguille ; au centre, l’étang asséché de la Palud reste une zone humide remarquable. Des sentiers de petite randonnée, balisés par la communauté de communes, permettent de découvrir ce patrimoine à pied.
Textes établis à partir des archives de la commune. Photographie de l’église Saint-Michel : Gilles Marty.